Tear Gas13 est un film de fiction qui se déroule pendant les manifestations de Tbilissi, quotidiennes depuis deux ans. La réalisatrice Uta Béria suit Elene, une jeune fille de 16 ans, et sa famille à travers une série de péripéties survenues pendant ces mobilisations. De nombreuses séquences ont été tournées in vivo : on y voit les forces de police charger les manifestants avec violence et utiliser un agent lacrymogène — l’arme qui donne son titre au film. Le gaz censé produire un effet lacrymogène est mélangé avant emploi à un composant toxique interdit14. L’emploi de ce mélange est strictement interdit alors qu’il est régulièrement utilisé par le gouvernement géorgien.

Manifestations à Tbilissi – Photo Jérôme Chobeaux
Dès l’annonce du tournage, le réalisateur s’est heurté à des difficultés rappelant les méthodes employées naguère par les autorités soviétiques pour réprimer les artistes qui n’étaient pas « dans la ligne » :
- Le financement du film a été coupé. En décembre 2022, le Centre du cinéma géorgien avait accordé un soutien financier, mais la moitié de la somme promise n’a pas été versée. Le film a néanmoins pu être achevé en réduisant le budget initial et grâce à des fonds personnels apportés par l’équipe de tournage et le réalisateur, qui s’est personnellement endetté.
- Comme le déclare Uta Béria : « Les gens du Centre du cinéma géorgien ne donnent pas d’argent à des réalisateurs qui ne pensent pas comme eux » (déclaration au magazine The Hollywood Reporter, août 2026). Elle ajoute : « Mes collègues pensent que c’est peutêtre le dernier film indépendant, car la situation devient de plus en plus dure ici. »
- Les autorités géorgiennes ont menacé de sanctions avant la projection du film au Festival de Locarno15. Le Centre du cinéma géorgien a adressé une lettre aux producteurs les avertissant du risque d’une pénalité financière si le film était projeté. Le Centre se défend en affirmant que Tear Gas n’avait pas respecté les procédures administratives en vigueur — une argumentation directement issue de l’arsenal de censure « à la soviétique ». À leur époque, les films des cinéastes Otar Iosseliani et Sergei Paradjanov avaient subi des traitements similaires.
- Enfin, les autorités géorgiennes ont tenté d’empêcher la projection du film au festival de Locarno. Selon Uta Béria, le Centre aurait contacté directement le Festival de Locarno pour demander que le film ne soit pas diffusé lors de la première mondiale le 12 août. La séance a toutefois été maintenue et Tear Gas a finalement reçu le prix du jury indépendant.

Uta Beria — Photos en provenance des réseaux sociaux
Pour Uta Béria, « ce film est un acte de résistance ». « Plusieurs de mes amis et confrères sont en prison. Je ne peux évidemment pas les libérer, mais j’ai pu m’exprimer et agir complètement à travers ce film », ajoutetil. Il espère que, grâce à Tear Gas, davantage de personnes dans le monde prendront conscience de la situation en Géorgie.




