Lue par Guillaume Gallienne à l’Assemblée nationale au colloque « Résister par la culture, une lutte Géorgienne »
Je suis heureuse et reconnaissante que ma voix, depuis une prison géorgienne et au cours de ma détention politique, parvienne jusqu’en France — un pays qui connaît mieux que quiconque le prix de la liberté et des idéaux ; un pays qui, dès le XXe siècle, s’est tenu aux côtés d’une Géorgie indépendante, notre Première République ; un pays qui est aujourd’hui un leader en Europe et dans le monde libre.

Je vous écris depuis la prison, mais je ne suis pas abattue. Au contraire, je suis fière d’avoir le privilège de me battre pour la liberté et les valeurs européennes, même au prix de l’incarcération.
Je ne suis pas la seule prisonnière politique. Aujourd’hui, je représente plus de cent prisonniers politiques — hommes politiques, artistes, peintres, journalistes, médecins — des personnes qui se sacrifient dans la confrontation avec la Russie. De même, ce sont des centaines de milliers de Géorgiens qui, depuis deux ans, manifestent quotidiennement, malgré les passages à tabac, l’usage de produits toxiques au cours des manifestations, les amendes exorbitantes et les menaces d’emprisonnement.
Aujourd’hui, en Géorgie, on vous arrête pour vous être tenu sur un trottoir, pour une publication sur Facebook ou pour avoir exprimé votre opinion. Malgré tout cela, nous ne nous sommes pas rendus et nous ne nous rendrons pas. Les rues de Géorgie sont remplies de nos drapeaux, de ceux de l’Ukraine et de l’Union européenne. Ma cellule est décorée de dessins de ces mêmes drapeaux.
Aujourd’hui, la liberté et l’idéal européen sont en danger — en Ukraine, en Géorgie et dans le reste de l’Europe. Le peuple ukrainien se bat héroïquement contre la Russie ; en Géorgie, la Russie nous combat de l’intérieur par l’intermédiaire d’un gouvernement marionnette et d’une guerre hybride ; et en Europe, elle soutient des actions extrémistes et destructrices.

Le seul espoir de la Russie est notre désunion — la fragmentation, la confusion et la division de notre famille européenne. Elle espère nous vaincre un par un, comptant que nous ne percevrons pas la menace commune et que nous ne nous unirons pas.
Nous savons que notre démocratie doit être construite par nous-mêmes. C’est pourquoi notre principale revendication porte sur des élections libres et équitables. La Russie a peur d’élections honnêtes. L’oligarque Ivanichvili en a peur lui aussi, car il connaît la volonté du peuple géorgien — le peuple veut la liberté et un avenir européen.
Nous avons besoin de votre aide non pas pour accéder au pouvoir, mais pour instaurer un ordre juste. Pour cela, une pression sérieuse sur le régime est nécessaire. Sous les pressions internes et externes, le régime s’est déjà considérablement affaibli. Les sanctions portent leurs effets. L’essentiel est de rester constants à cet égard.
La Géorgie et toute la région possèdent un grand potentiel pour la sécurité et l’économie de l’Occident. Notre rôle de trait d’union apportera un bien commun. Mais aujourd’hui, sur les routes destinées aux échanges de biens, de ressources, d’économie et de culture, circulent librement de l’argent sale, des ressources sanglantes et des forces antieuropéennes — contre la volonté du peuple géorgien.
La Russie doit sentir partout que le temps de la tolérance à l’égard de sa politique impérialiste et destructrice est révolu.
Liberté ! Égalité ! Solidarité !
Elene Khoshtaria 17.09.2026
BIO
Elene Khoshtaria est une femme politique et militante géorgienne née en 1979 à Tbilissi. Journaliste de formation, elle s’est fait connaître pour son engagement proeuropéen et ses positions critiques visàvis de la dérive autoritaire qu’elle imputait aux autorités géorgiennes. Fondatrice et dirigeante du mouvement d’opposition « Droa » (il est temps), Khoshtaria a régulièrement dénoncé la concentration du pouvoir, l’ingérence politique dans la justice et les pressions sur la société civile.
Son emprisonnement, survenu le 15 septembre 2025, illustre ce que ses soutiens et plusieurs instances internationales dénoncent comme une instrumentalisation cynique de l’appareil judiciaire à des fins de répression politique. Mme Khoshtaria a été condamnée à 18 mois de prison ferme pour « dégradation de biens appartenant à autrui », un chef d’accusation qui masque une manœuvre visant à neutraliser une voix critique gênante : elle avait en effet été arrêtée après avoir inscrit le slogan « Rêve russe » sur une affiche de campagne